02 Déc 2020

SOFICA : cet instrument de financement du cinéma et de l’audiovisuel face à la crise sanitaire

L’épidémie du COVID n’épargne pas le secteur cinématographique avec les arrêts de tournage et la chute de la fréquentation dans les salles de cinéma. Quelles conséquences pour les SOFICA ? Analyse de Véronique Broulhet, senior manager chez ORCOM H3P AUDIT, spécialiste dans les métiers du cinéma et de l’audiovisuel depuis plus de 30 ans.

Rappel du contexte des SOFICA

Les Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (SOFICA) ont été créées par la loi du 11 juillet 1985. Ce sont des sociétés d’investissement destinées à la collecte de fonds privés consacrés exclusivement au financement de la production cinématographique et audiovisuelle. Les SOFICA sont créées soit à l’initiative de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, soit à celle d’opérateurs du secteur bancaire et financier.

Elles ont des obligations d’investissements soit en souscrivant au capital de société d’œuvres cinématographiques ou audiovisuelles, soit par des versements en numéraires prévus dans des contrats d’association enregistrés au RPC.

En contrepartie de leurs investissements, elles bénéficient de droits à recettes.

< Pour aller plus loin, lire notre article « Les SOFICA, outil de financement pour les producteurs »

La crise du COVID sur le marché du cinéma et de l’audiovisuel a forcément des conséquences…

Une diminution des entrées salles

Pendant le confinement les salles de cinéma sont fermées et comme indiqué par la direction des études, des statistiques et de la prospective du Centre National du Cinéma, la fréquentation des salles sur la période juillet-septembre a diminué de 63,1 % avec une diminution sur le mois de septembre d’environ 51 %.

Cependant, pour les SOFICA la diffusion en salles n’est pas la seule source de recettes, les SOFICA récupèrent leurs investissements sur les ventes d’œuvres à l’international, les ventes TV ou les ventes à des plateformes de SVOD, sur plusieurs territoires et sur plusieurs années.

Une explosion du marché des plateformes de streaming

La crise sanitaire a favorisé l’accélération du développement des plateformes de streaming. Ainsi sur le premier semestre 2020, le marché de la location en vidéo à la demande a augmenté en France de près de 22 %, celui de l’achat en ligne de 36 % et celui de l’abonnement aux plateformes de vidéo à la demande par abonnement de 56 %.

Si l’offre de films français a déjà augmenté sur les plateformes, le succès des plateformes va consolider leur capacité d’investissements et produire de nouvelles recettes d’exploitation.

Pour le moment, les SOFICA n’investissent qu’une petite partie des fonds sur les plateformes mais la situation actuelle pourrait bien faire évoluer les choses.

Une recherche de financements futurs

Les producteurs vont également devoir rechercher des financements, pour faire face à la crise.

La baisse de recettes publicitaires pendant le confinement, la diminution du fonds de soutien liée à la baisse des entrées salles mais également la réduction des co-productions internationales du fait de la fermeture des frontières, l’interdiction des déplacements, l’annulation des tournages et festivals risquent de compromettre les investissements dans le secteur.

Lors d’une visioconférence le 6 mai 2020 le Président de la République a également encouragé les SOFICA à investir davantage pour relancer le secteur : « Il faut que les assureurs, les banques, les SOFICA viennent avec nous pour nous aider et mettre en place ce fonds d’indemnisation temporaire, qui pourra au cas par cas pour les séries, pour les tournages qui doivent être annulés ou reportés, à nous aider à indemniser (…) densifier et relancer justement, nos coproductions européennes … »

Les SOFICA vont devoir faire leur cinéma puisqu’elles vont avoir un rôle important à jouer pour continuer à soutenir la production française en apportant leurs fonds (63 M€ cette année) aux futures productions cinématographiques et audiovisuelles.

Elles vont devoir mettre en avant les avantages qui leur sont propres pour inciter les particuliers à investir.

L’investissement dans une SOFICA donne droit jusqu’en décembre 2020 à une réduction d’impôt allant de 30 % à 48 % du montant des versements nets.

Les SOFICA bénéficient d’un plafonnement au titre des niches fiscales fixé à 18.000 Euros (soit une économie maximale d’impôt de 8 640 Euros). Cependant, un contribuable ne peut pas investir plus de 25 % de son revenu net global dans ce dispositif de défiscalisation.

< Pour aller plus loin, lire notre article « Réduire ses impôts : investir dans les SOFICA »

Véronique Broulhet a exercé pendant les 10 premières années de sa carrière en qualité d’administratrice de production dans une société de production cinématographique. Son expertise dans les médias et l’audiovisuel l’a conduite à intervenir auprès de producteurs indépendants, d’exploitants, de distributeurs, de diffuseurs et de financeurs. Spécialiste dans les métiers du cinéma et de l’audiovisuel depuis plus de 30 ans, Véronique a participé à des projets comprenant des missions de : audits de portefeuilles de sociétés pour des producteurs, distributeurs et financeurs, audits de coûts d’oeuvres audiovisuelles et cinématographiques, analyses financières, certifications de dépenses éligibles aux crédits d’impôts cinématographique, audiovisuel et international, accompagnement comptable et financier tel que administration de films, suivi et révision de comptes sociaux. Sa maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur lui permet aujourd’hui de proposer des services sur mesure.

Retour